Vendredi 20 novembre 2009
5
20
/11
/Nov
/2009
12:21
Ce n’est plus une rumeur. La licence et le master de Sciences de l’Education
ainsi que le CIRCI, unité de recherche qui accueille la plupart des étudiants et des chercheurs de la discipline, seraient voués à disparaître dès la rentrée de septembre 2010. Le Président de
l’université en aurait parlé lors d’une réunion de bureau de l’établissement, le Doyen de la Faculté des Lettres et des Sciences humaines l’aurait confirmé à l’équipe de direction de
la composante, le Directeur du SUFP en aurait fait état lors d’une réunion de service, le directeur du
département “ Sciences de l’Education” l’aurait appris de la bouche même du Président au cours d’un entretien le mardi 20 octobre dernier.
Pourquoi veut-on faire disparaître une filière et un laboratoire qui
contribuent depuis 1992 à la professionnalisation des acteurs de l’enseignement, de la formation d’adultes et de l’accompagnement social dans
un département où le secteur de l’éducation est récent et en expansion, capital pour la jeunesse locale et où les problèmes d’insertion sont légions
: ne recence-t-on pas encore au moins 111 000 illettrés, près de 100 000 chômeurs et 70 000 bénéficiaires du RMI?
L’étonnement est tel que la question mérite d’être posée aussi bien à
l’interne, où le mutisme du président surprend en dépit de nos sollicitations, qu’à l’externe où les usagers et les élus devront se prononcer sur une telle éventualité. Il faut notamment savoir
que les enseignements de Sciences de l’Education participent depuis 2003 au désenclavement du Sud puisqu’ils sont dispensés également au campus universitaire du Tampon.
La situation est d’autant plus incompréhensible que ceux qui nous gouvernent et
dont la misssion est, entre autres, de défendre les intérêts de notre établissement semblent déjà acquis à cette idée avant même que le ministère n’ait rendu sa décision et sans avoir entrepris
une quelconque démarche pour dénoncer l’absurdité d’une telle entreprise. Cette absence de réaction est non seulement suspecte mais révèle assurément une position pour le moins opposée à la
logique de mobilisation qu’il conviendrait d’adopter en pareille circonstance pour sauvegarder une filière dont l’activité et les résultats révèlent la pertinence, la nécessité et le maintien
dans l’offre de formation supérieure à la Réunion et dans la zone océan Indien (les mêmes questions majeures se posent dans les états insulaires voisins et à Mayotte) .
Et si cette annonce ne venait que confirmer certains signes qui montrent depuis
deux ans une volonté de “casse” des Sciences de l’éducation orchestré par le Président en personne? L’accusation est trop grave pour que nous fassions l’économie de l’étayer de la manière la plus
objective qui soit.
Voyons les faits et rien que les faits.
Depuis 2001: le Centre Interdisciplinaire de Recherche sur la Construction Identitaire : CIRCI (10 chercheurs à temps plein, 25 doctorants et plus
de 200 étudiants de master) est abrité dans un local technique hors normes de sécurité de 40 m2. Cela est devenu insupportable! D’autant plus que depuis trois ans nos réclamations sont restées
lettre morte et que depuis un an des locaux vacants proches et adaptés que nous sollicitons nous sont toujours refusés par le Président et restent inutilisés.
Juin 2008: A l’occasion d’un départ à la retraite, un poste de professeur du CIRCI est retiré à l’unité de recherche sur décision arbitraire et sans concertation du président
Juin 2008: deux postes d’enseignants sont enlevés à la filière Sciences de l’Education sur décision arbitraire et sans concertation du
Président
Depuis 2008: alerté de l’implantation sans concertation d’une filière de Sciences de l’Education de l’université d’Aix en Provence à La Réunion,
le Président reste muet. Cette installation “clandestine” est d’autant plus grave que les étudiants détournés de notre filière s’acquittent de droits de formation d’un coût deux à trois fois plus
élevé que celui proposé en formation continue par notre université. Qui défend l’intérêt de La Réunion et des réunionnais dans cette affaire?
Juin 2009: création d’un poste de professeur en Sciences de l’éducation de manière arbitraire et sans aucune concertation avec la filière, ce qui
aurait permis d’éviter de définir un profil correspondant à celui de deux professeurs et d’un MCF HDR déjà en poste à l’université. Ce poste n’a pas volontairement été pourvu et sera republié cette année pour permettre le recrutement d’une personne déjà connue, actuellement en poste à l’université de Nantes. Il s’agit en
l’occurrence de Frédéric TUPIN, que le président veut par tous les moyens imposer à la filière avant même la publication officielle du poste et les procédures régulières d’appel à candidatures et
de recrutement. C’est ce qu’on appelle la transparence et la nouvelle gouvernance?
Septembre 2009: mise en place par le président de manière arbitraire et sans concertation d’un comité de sélection de Sciences de l’Education
composée de huit professeurs des universités dont cinq de la discipline issus d’universités de métropole et trois locaux d’une autre discipline, alors que notre filière compte localement trois
professeurs des univesités en Sciences de l’Education qui n’ont jamais été sollicités. Cette composition déroge aux règles que notre établisement a adoptées.
La liste est encore longue des manoeuvres, des attaques ou de l’indifférence
dont fait l’objet une filière qui a sans doute le tort de mobiliser ses énergies à accompagner le projet de vie de centaines de Réunionnais en dépit des conditions défavorables dans lesquelles
elle accomplit ses missions d’enseignement, d’encadrement de la recherche et de recherche. A ce jour, nous représentons toujours la filière qui accueille le plus grand nombre d’étudiants de
master, plus de 200 et l’effectif de notre licence (88 en formation initiale et 32 en formation continue), quoique en baisse, à l’instar de la plupart de celles de l’université, se situe
au-dessus de la moyenne observée dans les Licence 3 de l’établissement et également au dessus de la norme de viabilité estimée par le ministère de tutelle à 50 étudiants.
Comment expliquer un tel acharnement vis-à-vis des Sciences de
l’Education?
Il est un constat aujourd’hui que les espoirs qu’a fait naître chez certains
Mohamed ROCHDI, après l’épisode SVIZZERO, fondent comme neige au soleil. Ses projets de nouvelle gouvernance, de démocratie participative, de transparence, de concertation permanente, de respect
des règles et des équilibres, de plus grande autonomie des composantes, etc. qui ont fait rêver une partie de la communauté sont aujourd’hui derrrière nous. La griserie du pouvoir est passée par
là. L’autoritarisme interne qui caractérise le fonctionnement du président semble paradoxalement annihilé par l’excès de soumission affichée vis-à-vis de l’extérieur. Sa précipitation à restituer
de manière arbitraire, sans concertation et en dépit de l’avis opposé de la communauté, 5 postes au ministère l’année dernière le montre. Et cela
dans un contexte qui révèle des besoins attestés par une facture annuelle de plus de 30 000 heures complémentaires.
La facilité avec laquelle il se plie à l’injonction des experts extérieurs de
fermer certains diplômes et certaines unités de recherche dès septembre 2010 le prouve encore. Enfin la perte d’autorité de notre établissement qui n’est pas sans rapport avec l’image donnée à
l’extérieur par notre Président se mesure d’une part à la baisse significative de nos effectifs cette année et d’autre part à la propension des universités de métropole à s’installer désormais
subrepticement sur notre territoire.
Nous ne nous attarderons pas sur la manière dont il gère actuellement
l’important et épineux dossier de la mastérisation de la formation aux métiers de l’enseignement. Pour faire court, nous n’en savons strictement rien. Chacun comprendra qu’il ne s’agit pas ici de
remettre en cause la légitimité d’un président régulièrement élu pour représenter et surtout défendre les intérêts de notre institution. C’est bien
sur ce dernier point de sa mission que nous déplorons un fonctionnement inapproprié à la situation actuelle et aux antipodes d’une gestion concertée et démocratique telle qu’annoncée à son
élection.
Cette mise au point externalisée qui nous a été imposée par l’absence de
réponse à nos nombreuses sollicitations écrites et orales aura un coût, nous en sommes conscients. Puisse -t- elle néanmoins se révéler, comme tout conflit au sein d’une organisation, salutaire à
notre filière et à l’ensemble de la communauté au sein d’un établissement qui n’en est plus à son premier séisme.
Pour le collectif enseignant
“Sauvons les Sciences de l’Education”
Pr Michel LATCHOUMANIN